La délicate alchimie du séminaire d’entreprise Source : Les échos
Les salariés y voient l’occasion de s’exprimer, la direction un moyen d’envoyer un message. Pour tous, le séminaire se révèle un exercice plus risqué qu’il n’y paraît a priori.
Il existe deux catégories de séminaires d’entreprise. D’un côté, ceux qui squattent à la journée une salle de réunion du rez-de-chaussée, avec repas amélioré à la cantine. De l’autre, ceux qui prennent leurs quartiers à l’extérieur et durent au moins deux jours. Si les bâillements se multiplient à l’évocation des premiers, les seconds suscitent une indéniable montée d’adrénaline. D’abord, ils flattent l’ego des participants. " Partir en séminaire est une marque d’attention prodiguée par la direction, même si on ne passe pas son temps à jouer au tennis ". En choisissant de sortir du cadre de travail, l’entreprise élève ces deux ou trois jours (rarement plus, sous peine de déborder de travail au retour) au rang d’événement extra-ordinaire. " Cette rupture dans les habitudes transforme le séminaire en temps fort, coach et consultant. Les messages qui y seront délivrés seront reçus avec plus d’attention par les salariés. "
Qu’il s’agisse pour l’entreprise d’un rite annuel ou qu’elle le programme de manière exceptionnelle, qu’il vise à préparer une réorganisation ou à remotiver l’encadrement après un plan social, qu’il concerne le seul comité de direction, un groupe de hauts potentiels triés sur le volet ou 300 commerciaux, aucun séminaire hors les murs n’échappe à cet effet de loupe. Mais celui-ci est à double tranchant. Si le discours de la direction est parasité par une logistique défaillante ou un excès de langue de bois, il attisera le scepticisme des salariés.
L’exercice n’est pas non plus sans péril pour les participants. Un séminaire représente l’occasion de se montrer, de marquer des points... ou de plomber durablement sa réputation. Les vétérans s’accordent sur ce point : sous des dehors décontractés, l’exercice nécessite une bonne maîtrise de soi. Faute de quoi les soirées, notamment, peuvent se transformer en événements à risque, surtout lorsqu’elles sont prétexte à libations. Boire quelques verres après le dîner favorise l’esprit d’équipe, et se fait généralement avec la bénédiction de la direction. " Il est bien vu de rester trinquer avec les autres plutôt que de remonter illico dans sa chambre ", assure un manager d’un grand groupe français, rompu à ce genre de rendez-vous. Mais gare aux excès ! A partir du troisième whisky-coca, certains profèrent tout haut les remarques aigres-douces qu’ils réservent d’ordinaire à leurs cercles d’intimes. D’autres, dans ces situations qui brouillent les frontières entre vie privée et professionnelle, perdent la retenue qu’ils affichent sans faillir aux heures de bureau. Dans une soirée de séminaire d’une agence de communication, deux collaboratrices qui se disputaient le cœur d’un collègue en sont même venues aux mains. Inutile de préciser que l’épisode leur a collé à la peau des années durant. Sous l’effet ou non de l’alcool, certains poussent parfois très loin leur souci de la cohésion de groupe. Et finissent la nuit avec un(e) collègue, voire avec un(e) participant(e) du séminaire d’à côté - il s’en déroule parfois plusieurs simultanément dans le même hôtel. Si chacun est maître de sa vie privée, ces tribulations ne grandissent pas forcément leurs auteurs. Dans cette PME de la banlieue parisienne, tout le monde garde en mémoire ce séminaire où le patron a disparu toute la soirée avec une de ses subordonnées... Inutile de préciser que sa crédibilité en fut durablement affectée.
